À l’instar d'un Benjamin Britten, d’un Aaron Copland ou d'un Leonard Bernstein, Samuel Barber a la chance d’être représenté au disque par trois générations d’interprètes :
Les trois discographies indicatives que nous proposons ici seront enrichies, au gré de l’actualité discographique, par de nouveaux enregistrements.
Samuel Barber : The Music of America
Symphonie n°1, Ouverture "The School for Scandal", Concerto pour violon, Essay for Orchestra n°2, Medea's Meditation and Dance of Vengeance,
Adagio pour cordes
Sonate pour piano, Quatuor à cordes, Dover Beach,
Hermit Songs, 3 mélodies, Knoxville Summer of 1915, Agnus Dei, 2 airs d'Antony and Cleopatra,
Must the Winter Come So Soon ?
Vladimir Horowitz, Isaac Stern
Curtis String Quartet, Tokyo String Quartet, Choir of Trinity College,
Leontyne Price, Frederica von Stade, Marylin Horne, Martin Katz, Samuel Barber
New York Philharmonic, Saint Louis Symphony Orchestra
Thomas Schippers, Leonard Bernstein, Leonard Slatkin, James Conlon
3CD SONY "Masterworks"
/ SNYC 70278
L’anthologie de l’année du centenaire, mêlant avec bonheur documents historiques (Knoxville et les Hermit Songs par Leontyne Price, la Sonate pour piano d’Horowitz, le Concerto pour violon par Stern et Bernstein) et interprétations modernes (la Symphonie n°1 par Slatkin, le Quatuor à cordes par le Tokyo String Quartet). Bonus de choix, tout droit sorti des archives du Curtis Institute : l’impressionnant enregistrement de Dover Beach par un Barber de vingt-cinq ans !


Prélude & Fugue en si mineur (première mondiale),
Wondrous Love
(+ œuvres de Copland, Ives, Still, Cowell, Paulus)
Iain Quinn
Chandos / CHAN10489
Trente ans séparent le Prélude et Fugue dont Iain Quinn offre ici le premier enregistrement et les variations sur Wondrous Love. Entre l'étudiant au Curtis Institute et le compositeur parvenu à sa maturité artisitique, la qualité d'inspiration est évidemment incomparable, même si le "style Barber" reste peu identifiable dans ces deux compositions. Un beau récital, qui vaut surtout pour les Variations on America d'Aaron Copland.
Sonate pour piano (+ œuvres de Corigliano,
Pinkston, Roumain)
Jade Simmons
Koch / 3-7760-24
Avec une maîtrise technique confondante, la jeune pianiste américaine redonne à la Sonate de Barber toute sa musicalité - au risque de sous-estimer sa portée dramatique. On ne s'étonnera donc pas de la trouver plus à son aise dans les mouvements "ludiques" de l'œuvre - scherzo médian et fugue finale - que dans l'Allegro initial, hautain et impérieux ou l'Adagio mesto, tout bruissant de musiques nocturnes...

Sonate pour piano (+ œuvres de Bolcolm, Ginastera, Nazareth, Gottschalk, Beach, Bonds, Villa-Lobos)
Joel Fan
Reference Recordings / RR 119
De l'Argentine aux Antilles en passant par le Brésil... et les USA, un panorama pianistique original du continent américain. La Sonate de Barber, captée dans une sonorité veloutée, s'impose par un discours d'une grande lisibilité. A la virtuosité pure, Joel Fan préfère la beauté du son : son toucher très hédoniste révèle des parentés inattendues avec les univers de Debussy et Bartok.

Toccata Festiva (+ œuvres de Widor,
Gigout, Boëllmann)
Frédéric Ledroit, orgue /Jean-Pierre Ferey, piano
Skarbo /
DSK 4078
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« La Toccata Festiva […] s’apparente, avec ses deux cadences – la seconde exclusivement destinée au pédalier ! – au concerto pour orgue. La version orgue/piano interprétée ici rend la partie d’orgue plus lisible, tant le timbre des deux instruments diffère. Et la partie dévolue au piano, elle aussi très virtuose, révèle plus que l’orchestre le côté ‘Toccata’. Avec une mise en place exemplaire, Jean-Pierre Ferey et Frédéric Ledroit traduisent le caractère festif, léger mais aussi grandiose de cette œuvre séduisante. » Thierry Adumeau, Monde de la Musique, mars 2009

Andromache’s Farewell
Jennifer Larmore
Grant Park Orchestra, Carlos Kalmar
Cedille / CDR 90000 104
Un version très expressionniste de cet air de concert annonçant l’univers esthétique d’Antony and Cleopatra. Avec un timbre toujours aussi séduisant, Jennifer Larmore brosse le portrait d’une femme tour à tour révoltée, aimante, furieuse, résignée... Rarement la musique de Barber aura fait entendre une telle variété de climats et de couleurs orchestrales. Une lecture moderne qui éclipse celle de Roberta Alexander (label Etcetera).

Agnus Dei (DVD « Transcriptions »)
Chœur de chambre Accentus, Laurence Equilbey
Naive / V5116
Dans le sillage des albums à succès Transcriptions et Transcriptions 2, où Accentus et Laurence Equilbey donnaient à entendre un répertoire choral rare ou inédit, le réalisateur Andy Sommer s’est vu confier la mise en image de ces interprétations. L’Agnus Dei, version chorale de l’Adagio pour cordes, se révèle toujours aussi captivant. On sera plus réservé en revanche sur le clip qui l’accompagne, montrant le défilé des choristes d’Accentus dans un décor de parking en béton éclairé par des néons bleus, jaunes et verts…

Sonate pour piano, Nocturne, Ballade
Paul Barnes
Orange Mountain Music / OMM 0036
Curieux intitulé (« The American Virtuoso ») pour ce récital incluant le Nocturne et la Ballade, deux pièces où Barber paye un tribut somme toute peu virtuose à Chopin et à Schumann. Paul Barnes y semble moins à son aise que dans la Sonate, abordée avec panache et musicalité. Dommage que le piano soit enregistré dans un bocal…
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| Sonate pour violoncelle & piano Kristine Blaumane, Jacob Katsnelson Quartz / QTZ2057 |
Sonate pour violoncelle & piano Matt Haimovitz, Geoffrey Burleson Oxingale / OXGL 2015 |
L’opus 6 de Barber, composé en fin de cursus au Curtis Institute de Philadelphia, témoigne de l’amour que le jeune Samuel portait à la musique de Brahms. Sans aller jusqu’à la parodie, cette composition encore épigonale laisse pourtant deviner l’évolution future de l’écriture de Barber, son goût pour une certaine théâtralité, les longues lignes mélodiques à caractère déclamatoire. L’interprétation engagée et chantante de la violoncelliste lettone Kristine Blaumane et de son complice Jacob Katsnelson est hélas gâchée par une sonorité un peu réverbérée. L’« étrange couple » Matt Haimovitz-Geoffrey Burleson livre pour sa part une lecture assez monocorde de cette œuvre, où l’accentuation des hiatus rythmiques cherche à compenser une musicalité bien sèche.

Capricorn Concerto, Adagio, Serenade
Reinhold Friedrich, Lajos Lencsés, Janos Balint
Budapest Strings, Bela Banvalfi
Capriccio / C10505
Des trois œuvres figurant au programme, c’est sans conteste le Capricorn Concerto qui retient l’attention – et pas pour l’illustration très tautologique de la jaquette ! Cette partition moins badine qu’il y paraît renoue brillamment avec le genre du concerto grosso, dans un esprit proche de celui de Bohuslav Martinu. Le trio de solistes, au premier rang desquels le hautboïste Lajos Lencsés, la défend avec enthousiasme.

Symphonie n°1
(+ Robert Schumann : Symphonie n°4)
Orchestre d'Etat de Bavière, Wolfgang Sawallisch
Farao /
S108-019
« Une superbe version de la Première Symphonie de Samuel Barber, œuvre magnifique composée en 1936 par un jeune homme de 26 ans, et qui sonne comme un véritable défi. Son unique mouvement enchaîne en réalité les quatre mouvements traditionnels, et l’on se dit que cette musique aurait pu être écrite par Schoenberg, s’il n’avait pris son virage atonal puis dodécaphonique. » Philippe van den Bosch, ConcertoNet (article complet)
En bref…
(rééditions, archives, compléments de programme)

Intégrale de l'œuvre pour orchestre
Stephen Prutsman, Wendy Warner,
James Buswell,
Karina Gauvin, Thomas Trotter
Orchestre national royal d’Écosse, Marin Alsop
6 CD Naxos / 8.506021

"Do Not Utter a Word " (Vanessa)
Kate Royal
English National Opera Orchestra, Edward Gardner
EMI / 68192

Anthologie « American Anthem »
Sure on This Shining Night op.13n°3
Nocturne op.13 n°4
Nathan Gunn, Kevin Murphy
EMI « American Classics » / 95226

In the Dark Pinewood, Beggar's Song, Sleep Now, Of That So Sweet Imprisonment
Susan Narucki, Chris Pedro Trakas, Donald Berman
Bridge / 9271 A-D

Concerto pour violon, Knoxville Summer 1915, Adagio,Ouverture « The School for Scandal », Essay for orchestra n°1, Medea’s Dance of Vengeance
Elmar Oliveira, Orchestre Symphonique
de St. Louis, Leonard Slatkin
Barbara Hendricks, Orchestre symphonique
de Londres, Michael Tilson Thomas
EMI « American Classics » / 0 66252 3

Sonate pour violoncelle & piano, Summer Music, Canzone, Excursions, Nocturne, Souvenirs
Israela Margalit, Alan Stepansky, Jeanne Baxtresser, Philip Myers, Joseph Robinson, Judith LeClair
EMI « American Classics » / 2 34473 2

Concerto pour violon
Itzhak Perlman
Orchestre symphonique de Boston
Seiji Ozawa
EMI / 0 82862 2

Sonate pour piano
Peter Lawson
EMI « American Classics » / 2 34465 2

Nocturne, The Daisies, St. Ita's Vision
Michael Sheppard
Harmonia Mundi / HMU907475

Nocturne, Interlude I
Sebastian Knauer
Berlin Classics / 0012472BC

Hermit Songs, Sleep Now, The Daisies, Nocturne, Nuvoletta, mélodies de Poulenc, Sauguet, Fauré + Barber chante Schumann, Mendelssohn, Brahms, CPE Bach, Schubert & 6 folksongs
Leontyne Price, Samuel Barber
Bridge / BRIDGE 9156
Pour Barber accompagnant sa muse dans la création des Hermit Songs, à la Library of Congress de Washington en octobre 1953. Et pour un récital du jeune Samuel devant ses camarades du Curtis Institute de Philadelphie, à Noël 1938, dans un programme qui laisse deviner à quelle carrière de chanteur il eût pu prétendre.

Sonate pour piano, Excursions, Nocturne, Interlude n°1, Ballade
John Browning
MusicMasters / 67122-2
Improprement intitulé The Complete Solo Piano Music (manquent la version solo des Souvenirs, le second Interlude et quelques pièces de jeunesse), cet album offre la meilleure initiation possible au piano de Barber par l’un de ses plus fidèles complices, dédicataire du Concerto pour piano et créateur du Nocturne.

Concerto pour violoncelle, Medea, Symphonie n°2
Zara Nelsova
New Symphony Orchestra, Samuel Barber
Pearl / GEM0151
L’une des rares occasions d’entendre Barber chef d’orchestre. Son Concerto pour violoncelle irradie sous l’archet lyrique et engagé de Zara Nelsova, finalement préférée à la créatrice de l’œuvre, Raya Garbousova. La Symphonie n°2 constitue une vraie découverte : composée avec ferveur pendant la guerre, cette œuvre finira par perdre les faveurs de Barber qui en détruira la partition vingt ans plus tard (seul le deuxième mouvement en réchappera pour fournir le matériau de Night Flight.)

Capricorn Concerto, Symphonie n°1, Ouverture « School for Scandal », Adagio , Sonate pour violoncelle, Dover Beach, Essay n°1
Saidenberg Symphony, Daniel Saidenberg / Orchestre philharmonique de New York, Bruno Walter / Janssen Symphony of L.A, Werner Janssen / Orchestre de la NBC, Arturo Toscanini / Raya Garbousova, Erich Itor Kahn / Samuel Barber, Curtis String Quartet / Orchestre de Philadelphie, Eugene Ormandy
Pearl / GEM0049
L’incunable absolu, composé de documents captés entre 1935 et 1947. Avec deux archives mythiques : l’émouvant Dover Beach enregistré par un Barber de vingt-cinq ans accompagné par le Curtis String Quartet, et l’Adagio créé en mars 1942 par Toscanini à la tête du NBC Symphony Orchestra.
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| Sonate pour piano Vladimir Horowitz RCA / 60377-2-RG |
Sonate pour piano Van Cliburn RCA /60415-2-RG |
Six mois après la création de l’œuvre à la Havane, Horowitz grave une version survoltée de cette Sonate, dans une prise de son hélas assez ingrate. Sa virtuosité fougueuse rappelle que la Fugue finale a été écrite par Barber à sa demande expresse. Chez le même éditeur, l’Américain Van Cliburn offre une autre référence historique, dans une interprétation plus sensible aux qualités lyriques de l’œuvre qu’à ses caractéristiques pyrotechniques, au point de l’inscrire dans la lignée du grand piano romantique russe.

Concerto pour violon, Concerto pour piano, Ouverture « The School for Scandal », Essay for Orchestra n°2
Isaac Stern, Orchestre philharmonique de New York, Leonard Bernstein / John Browning, Orchestre de Cleveland, George Szell / Orchestre de Philadelphie, Eugene Ormandy / Orchestre philharmonique de New York, Thomas Schippers
Sony SMK60004
Stern et Bernstein, le « meilleur ennemi » de Barber, servent au mieux un très mélancolique et très idiomatique Concerto pour violon. Le Concerto pour piano par Browning et Szell supplante la gravure ultérieure de Browning avec Leonard Slatkin.
Vanessa
Eleanor Steber, Rosalind Elias, Regina Resnik
Nicolai Gedda, Giorgio Tozzi
Orchestre du Metropolitan Opera, Dimitri Mitropoulos
RCA "The Sony Opera House" / 88697446172

Enregistré quatre mois après la création triomphale au Met, avec le même cast de rêve. Indispensable (édité également sous référence RCA Victor 7899-2-RG). La captation de la création européenne de l’œuvre au Festival de Salzbourg 1958 (affiche identique à l’exception de Regina Resnik, remplacée par Ira Malaniuk), est disponible chez Orfeo (« Festspiel Dokumente », C635-0621).

Antony and Cleopatra
Esther Hinds, Jeffrey Wells,
Eric Halfvarson, Robert Grayson
Orchestre du Festival de Spolète, Christian Badea
New World Records / 80322
Dix-sept ans après le fiasco de la création lors de l’inauguration du Metropolitan Opera, la version révisée (écourtée de plus d’une heure !) d’Antony and Cleopatra ne suffira pas à faire entrer l’œuvre au répertoire des maisons d’opéra. Une composition injustement négligée, riche de multiples splendeurs, dont cet enregistrement réalisé durant le Festival de Spolète 1983 reste à ce jour l’unique témoignage discographique.
Knoxville Summer of 1915, Dover Beach, Hermit Songs, Andromache's Farewell
Eleanor Steber, Dumbarton Oaks Chamber Orchestra, William Strickland / Dietrich Fischer-Dieskau, Quatuor Juilliard / Leontyne Price, Samuel Barber / Martina Arroyo, Orchestre philharmonique de New York, Thomas Schippers
CBS « Masterworks » / MPK46727
Une anthologie historique de référence : à côté de l’impeccable version studio des Hermit Songs par Barber et Price, deux chefs-d’œuvre interprétés par leurs créatrices : le bouleversant Knoxville, Summer of 1915 d’Eleanor Steber (commanditaire de l’œuvre) et un Andromache’s Farewell porté à incandescence par Arroyo et Schippers. Rarement associé à Barber (même si le compositeur lui a dédié son dernier cycle de mélodies), Fischer-Dieskau propose un Dover Beach abordé avec une sobriété de Liedersanger.

Deux airs d’Antony and Cleopatra, Knoxville Summer of 1915, Hermit Songs
Leontyne Price, Samuel Barber
New Philharmonia Orchestra, Thomas Schippers
RCA / 61983-2
Les deux airs de Cleopatra (« Give Me Some Music » et « Give Me my Robe ») arrangés en diptyque de concert traduisent les premiers efforts de Barber pour tenter de sauver de l’oubli son « grand opéra maudit » après le désastre du Metropolitan Opera. Leontyne Price revient elle aussi sur les lieux du crime : endossant à nouveau le rôle de la reine d’Égypte, elle grave d’emblée la version définitive de ces joyaux, qui figurent désormais au répertoire de nombre de chanteuses. Son interprétation de Knoxville atteint le même degré de perfection et d’incarnation que celle d’Eleanor Steber.

A Hand of Bridge, A Stopwatch and Ordnance Map, Essay for orchestra n°2, Serenade pour cordes, Music for a scene from Shelley
Chorale Robert DeCormier
Patricia Neway, Eunice Alberts,
William Lewis, Philip Maero
Symphony of the Air, Vladimir Golschmann
Vanguard Classics / ATM-CD-1649
Ce panachage d’œuvres orchestrales et vocales propose deux raretés : A Stopwatch and an Ordnance Map pour chœur d’hommes, cuivres et percussions sur un poème de Stephen Spender décrivant la mort d’un soldat durant la Guerre d’Espagne ; et A Hand of Bridge, mini-opéra de dix minutes mettant en musique les monologues intérieurs de deux couples autour d’une table de bridge. La prestation de Patricia Neway achève de placer l’œuvre sous l’égide de Gian Carlo Menotti, par ailleurs librettiste de cette étonnante miniature qui fait toujours les délices des conservatoires américains…

Adagio, Medea's Meditation and Dance of Vengeance, Symphonie n°1, Souvenirs (4 mains), Concerto pour piano, Concerto pour violon, Concerto pour violoncelle, Capricorn Concerto
Orchestre symphonique de Boston, Charles Munch
John Browning / Kyoko Takezawa / Steven Isserlis
Orchestre symphonique de Saint-Louis, Leonard Slatkin
RCA / 987042
Les trois concertos dirigés par Slatkin composent un triptyque « moderne » parfaitement cohérent, dominé par la version Isserlis du Concerto pour violoncelle. Grand amateur du ballet Medea, Munch avait fait de la Meditation and Dance of Vengeance qui en est tirée l’un de ses chevaux de bataille à Boston.

Dover Beach, Quatuor à cordes,
Serenade, Mélodies opp.2, 10, 45
Thomas Allen, Roger Vignoles, Quatuor Endellion
EMI « American Classics » / 95232
À priori peu familier de l’univers de Barber, le baryton anglais offre une lecture atypique de ces partitions, soulignant leur parenté avec la musique vocale de Britten. Les Endellion se révèlent pareillement convaincants dans le Quatuor à cordes, qui a rarement sonné aussi homogène là où d’autres versions (Borodine, Lindsays, Tokyo String Quartet) privilégient immanquablement l’Adagio central.

Essays for orchestra n°1-3, Music for a Scene from Shelley, Medea's Meditation and Dance of Vengeance, 2 extraits de Vanessa
Orchestre symphonique de Detroit, Neeme Järvi
Chandos / CHAN9908
Extraite de la « presque intégrale » Barber éditée par Chandos, cette anthologie orchestrale vaut surtout pour les trois Essays, rarement réunis sur un même album. Le chef estonien aborde ces partitions élusives et allusives comme des poèmes symphoniques nordiques, quelque part entre Nielsen et Sibelius. Un ensemble convaincant.

The Lovers, Prayers of Kierkegaard
Dale Duesing, Sarah Reeves
Orchestre symphonique & chœur de Chicago
Andrew Schenck
Koch / 3-7125-2H1
Disparu en 1992 à 51 ans, Andrew Schenck était l’un des plus ardents défenseurs de la musique de Barber - avec des bonheurs divers. Son interprétation de la cantate The Lovers, d’une sensualité voire d’une crudité étonnantes, constitue l’un des sommets de sa discographie. Les Prayers of Kierkegaard restent pour leur part en deçà des versions Robert Shaw (Telarc) et Jorge Mester (Albany).

Essay for orchestra n°3
Orchestre philharmonique de New York
Zubin Mehta
New World Records / 80309
En cette soirée du 14 septembre 1978 qui marque ses débuts comme directeur musical de la prestigieuse phalange new-yorkaise, Mehta choisit de créer l’ultime composition (achevée) de Samuel Barber. Une musique « résolument abstraite, essentiellement dramatique », comme la définit le compositeur, qui renoue avec le néoromantisme des deux premiers Essays et la rythmique heurtée du Concerto pour piano ou de Medea.

Intégrale des mélodies, Dover Beach
Thomas Hampson, Cheryl Studer
John Browning
Quatuor Emerson
Deutsche Grammophon / DG 459506
Un incontournable de toute discothèque barbérienne. Aux dix cycles constitués, Browning et Hampson, initiateurs de ce projet, ont ajouté dix mélodies de jeunesse inédites. Leur complice Cheryl Studer enlève avec brio les Hermit Songs, tandis qu’Hampson livre un Despite and Still qui serre la gorge.Son Dover Beach, accompagné par le quatuor Emerson, couronne en beauté cette entreprise d’une qualité exceptionnelle.
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Knoxville Summer of 1915, Nocturne, Sure on this Shining Night, Adagio |
Knoxville Summer of 1915, Essays n°1-2, Ouverture « The School for Scandal », Medea’s Meditation & Dance of Vengeance, Adagio |
Deux interprétations complémentaires de Knoxville, Summer of 1915 : théâtrale et dramatique chez Barbara Hendricks, plus contemplative et nostalgique chez Sylvia McNair. Généreux compléments orchestraux sur l’album Telarc.

Sonate pour piano, Excursions, Souvenirs,
Nocturne, 3 Sketches, Interlude I, Ballade
Daniel Pollack
Naxos / 8.550992
Créateur historique de la Sonate pour piano en URSS en 1958 et en Chine, le pianiste américain Daniel Pollack propose ici un panorama contrasté de l'œuvre pianistique de Barber. La nostalgie douce-amère des Souvenirs trouve sous ses doigts une lecture idéale, et rarement la Ballade aura sonné à la fois si hautaine et si émouvante.

Sonate pour piano, Excursions, Interludes I-II, Nocturne, After the Concert, Ballade,
Fresh from West Chester, 3 Sketches
Lilia Boyadjieva
Solstice / SOCD 145
Paru en 1996, cet album fait événement avec une véritable moisson de pièces inédites, de jeunesse (Interlude II, Sketches, Fresh from West Chester) ou de maturité (After the Concert). La pianiste bulgare signe une Sonate ultra-dramatique, mais se révèle tout aussi à l’aise dans le très chopinien Nocturne, les ludiques Excursions ou la sombre Ballade.

Symphonie n°1, Essays for orchestra n°1-2 Ouverture « The School for Scandal »,
Adagio, Music for a Scene from Shelley,
Orchestre symphonique de Baltimore
David Zinman
Argo / 436 288-2ZH
Une introduction idéale à l’œuvre orchestrale de Barber, dominée par une Symphonie n°1 d’une énergie électrisante. La prise de son très analytique décante chaque plan sonore, magnifiant le soyeux des cordes et l’acide des cuivres de l’Orchestre de Baltimore.

Concerto pour violoncelle
Raphael Wallfisch
English Chamber Orchestra, Geoffrey Simon
Chandos / CHAN 8322
Publiée en 1982, cette version du Concerto pour violoncelle est la première à succéder à l’enregistrement séminal de Zara Nelsova et Samuel Barber. La texture chambriste de l’accompagnement compose un écrin idéal pour l’interprétation à la fois véhémente et précise du violoncelliste anglais. Sans estomper son caractère dramatique, Wallfisch met l’accent sur les tonalités élégiaques de l’œuvre.

Concerto pour violon, Concerto pour piano, Souvenirs (version orchestrale)
Robert McDuffie, Jon Kimura Parker
Orchestre symphonique d’Atlanta, Yoel Levi
Telarc / CD 80441
Le violoniste américain Robert McDuffie - adoubé à ses débuts par Samuel Barber - signe l’enregistrement moderne de référence du Concerto de Barber, trouvant l’équilibre parfait entre sentimentalité et virtuosité. Jon Kimura Parker livre une version un peu extérieure du Concerto pour piano, à laquelle Browing reste préférable.

Capricorn Concerto, Canzone (flûte & piano), Medea’s Meditation and Dance of Vengeance, Fadograph of a Yestern Scene, Summer Music, Hermit Songs (clarinette & piano), Adagio
San Diego Chamber Orchestra, Donald Barra
New Zealand Symphony Orchestra, James Sedares
Arioso Wind Quintet, Todd Palmer, Carol Archer
Koch / 3-7361-2
Plusieurs raretés chambristes d’excellente tenue dans cet album un peu « fourre-tout » : un pétulant Capricorn Concerto d’une verdeur toute néo-classique, le quintette à vents Summer Music défendu par un Arioso Wind Quintet très en verve, la brève Canzone pour flûte et piano (réutilisée dans le mouvement médian du Concerto pour piano) ; enfin, une étonnante mais séduisante transcription des Hermit Songs pour clarinette et piano. De quoi donner quelques idées aux musiciens en quête de programmes atypiques…
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Intégrale de l’œuvre pour orchestre
6 volumes : Symphonies n°1-2, Essays n°1-3, Concerto pour violon, Concerto pour piano, Concerto pour violoncelle, Capricorn Concerto, Medea's Meditation and Dance of Vengeance, Medea (Suite), Die Natali, Knoxville Summer of 1915, Music for a Scene from Shelley, Mutations from Bach, A Hand of Bridge, Commando March, Fadograph of a Yestern Scene, Canzonetta, Serenade, Souvenirs, Intermezzo de Vanessa, Ouverture « The School for Scandal »
Orchestre national royal d’Écosse, Marin Alsop
Naxos / 8.559024, 8.559044, 8.559088, 8.559133, 8.559134, 8.559135
Le label économique Naxos frappe un grand coup avec cette intégrale de l’œuvre pour orchestre de Barber confiée à l’une des baguettes les plus affûtées de la jeune génération : la chef Marin Alsop. À la tête de l’Orchestre national royal d’Écosse, elle défend ce répertoire avec une éloquence, un instinct et une fougue rares. Se détachent des six volumes – d’une qualité globale remarquable – les deux symphonies, les concertos pour piano et pour violoncelle (Stephen Prutsman, Wendy Warner), le ballet Medea et Knoxville Summer of 1915 (avec Karina Gauvin). Une somme indispensable à compléter, chez le même éditeur, par l’album d’œuvres chorales (Ormond College Choir).

Hermit Songs, Mélodies passagères, Nocturne, 2 Songs op.2, 3 Songs op.10, Sure on this Shining Night, With Rue my Heart is Laden
Gerald Finley, Julius Drake, Aronowitz Ensemble
Hyperion / CD67528
Le baryton canadien Gerald Finley a eu la révélation de la musique de Barber en entendant Thomas Allen dans Dover Beach. Il signe ici un récital d’une tenue exceptionnelle. Rarement enregistrées, les Mélodies passagères sur des poèmes français de Rilke avouent leur parenté avec l’univers stylistique de Poulenc. Le reste du programme est à l’avenant : inspiré et exemplaire. (Gramophone Award 2008 du meilleur récital vocal.)

Vanessa
Susan Graham, Christine Brewer, William Burden, Catherine Wyn-Rogers
Orchestre symphonique de la BBC, BBC Singers
Leonard Slatkin
Chandos / CHA 5032
Enregistré dans le sillage des représentations triomphales au Barbican Center de Londres en 2003, cette Vanessa s’impose comme la version de référence de l’opéra de Barber. Susan Graham est une Erika époustouflante de naturel, Catherine Wyn-Rogers campe une Baronne impressionnante et, dans le rôle-titre, Christine Brewer ne souffre à aucun moment de la comparaison avec Eleanor Steber. Slatkin parvient à insuffler une véritable dimension tragique à ce kammerdrama (sans doute le resserrement de 4 à 3 actes n’y est-il pas étranger), et la prise de son exemplaire rend justice à l’opulence du discours orchestral. Un disque pour l’île déserte.
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| Concerto pour violon James Ehnes Orchestre symphonique de Vancouver Bramwell Tovey CBC Records / SMCD 5241 |
Concerto pour violon Gil Shaham London Symphony Orchestra André Previn Deutsche Grammophon / 439 8862 9 |
Le Concerto pour violon est vraisemblablement l’œuvre orchestrale la plus populaire de Samuel Barber, au côté de l’Adagio. Au tournant du XXIe siècle, nombre de virtuoses en ont livré des interprétations splendides : Itzhak Perlman (EMI), Hilary Hahn (Sony), Anne Akiko Meyers (RCA), Joshua Bell (Decca), Kyoko Takezawa (BMG). Le miracle des versions de James Ehnes (trente ans au moment de l’enregistrement) et de Gil Shaham (vingt-deux ans) est de réussir à surclasser une concurrence aussi prestigieuse. Difficile de départager ces deux interprétations tant leurs qualités se confondent : technique irréprochable mise au service d’une expressivité maximale, maîtrise confondante de tous les registres (drame, ludisme, nostalgie), somptuosité du son, complicité de chaque instant avec un orchestre totalement investi dans l’œuvre… Le Concerto de Korngold couplé dans ces deux versions est lui aussi à marquer d'une pierre blanche. Seul l'ajout du Concerto de Walton permet d’accorder une préférence à l’album Ehnes.

Concerto pour violoncelle
Anne Gastinel
City of Birmingham Symphony Orchestra
Justin Brown
Naive / NA4961
Le répertoire américain est encore assez timidement investi par les musiciens français, et Barber n’échappe pas à la règle. Aussi cette lecture magistrale du Concerto pour violoncelle par Anne Gastinel constitue-t-elle une vraie surprise. Plus qu’à un affrontement soliste-orchestre, on assiste à une conversation en musique où la passion, bien réelle, n’empêche jamais la clarté. Cœur émotionnel de l’œuvre, l’Andante se déploie sous l’archet de la violoncelliste avec une noblesse désolée, poignante.

Sonate, Nocturne, Excursions, Souvenirs, Ballade, Interlude I
Leon McCawley
Virgin Classics / 5-45270-2
Paru en 1997, ce premier disque d’un pianiste anglais de 24 ans n’a rien d’une simple « carte de visite » : c’est, tout simplement, la meilleure anthologie moderne d’œuvres pour piano de Barber. McCawley se joue des difficultés techniques de la Sonate pour mettre en relief son kaléidoscope d’ambiances, enlève avec panache et humour les Excursions et les Souvenirs, aborde les trois miniatures de son programme avec un instinct poétique suprême. Une révélation.

Sonate pour piano
Marc-André Hamelin
Hyperion / CDA 67469
Barber ne tenait pas en grande estime la musique de Charles Ives : voilà un excellent prétexte pour réunir les deux hommes sur un même disque ! Le jeu d’Hamelin, déconcertant de limpidité, transforme la Sonate pour piano en une construction architecturale étonnamment harmonieuse, qui dégage une impression de puissance et d’euphorie parfaitement maîtrisées. À mille lieues de tout histrionisme pianistique…

Knoxville Summer of 1915, Serenade pour cordes
Measha Brueggergosman
Orchestre de chambre de Manitoba
Roy Goodman
CBC Records / SMCD 5234
Bien avant de devenir la nouvelle coqueluche de Deutsche Grammophon, Measha Brueggergosman se faisait connaître dans ce programme 100% américain dominé par Knoxville, Summer of 1915. Le choix de l’orchestration chambriste et le talent de diseuse de la soprano canadienne confèrent à cette version un supplément d’âme qui enrichit sa tonalité intimiste.

Toccata Festiva
David Schrader
Grant Park Orchestra, Carlos Kalmar
Cedille / CDR 90000 063
Composé en 1960 pour l’inauguration du gigantesque orgue Aeolian-Skinner de l’Academy of Music de Philadelphie, ce concerto pour orgue en un mouvement trouve ici sa lecture la plus étincelante et la plus théâtrale. La captation sonore restitue idéalement l’équilibre orgue/orchestre, et le climax final fait de cette pièce le parfait « curtain-raiser ». Un quart d’heure de pure ivresse musicale…